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Par Pierre Pistoletti Le

Dans Un synode en deux temps

Si le mariage religieux est important pour les catholiques suisses, la doctrine actuelle de l’Eglise sur la famille, le mariage et la sexualité doit évoluer. C’est ce qui ressort de la consultation menée en Suisse par l’Institut de sociologie pastorale (SPI) de Saint-Gall afin d’orienter le travail du synode.

L’enquête du SPI réalisée entre les deux sessions du Synode mentionne en premier lieu la reconnaissance des catholiques suisses, flattés d’être pris en considération. Néanmoins les politesses cèdent vite la place à de multiples incompréhensions, objets de consensus marqués: « forte majorité », « quasi-totalité », ou encore « grand nombre » sont autant d’expressions quantitatives qui jalonnent le rapport de consultation mené par l’Institut de sociologie pastorale (SPI) de Saint-Gall publié en janvier 2015.

Divorcés remariés

Premier sujet: le refus de l’accès eucharistique aux divorcés remariés. « Le vœu le plus instamment formulé envers les évêques et l’Eglise en Suisse est celui d’abolir la pratique jugé discriminatoire et manquant de charité chrétienne envers les divorcés remariés ». D’après l’étude, la quasi-totalité des fidèles et des agents pastoraux souhaitent un accès plus généreux aux sacrements.

Contraception

La consultation montre également que la plupart des fidèles conçoivent l’enseignement de l’Eglise sur le couple et la famille comme « un ensemble d’interdictions, expression de l’attitude prétendue négative de l’Eglise à l’égard du corps et de la sexualité ». Des catholiques qui jugent même irresponsable l’Eglise et son « interdiction de pratiques sexuelles hygiéniques largement diffusées » – en d’autres termes, « l’utilisation du préservatif ». L’interdiction des contraceptifs artificiels passe, aux yeux des catholiques suisses, pour « un exemple patent de l’éloignement de l’Eglise des réalités du monde ».

Homosexualité

Une grande majorité des catholiques helvétiques, environ 60%, se montre en faveur d’une reconnaissance des unions homosexuelles. Mais sur cette question, la consultation relève une polarisation des opinions plutôt qu’un consensus. « A côté d’une claire adhésion, il existe aussi un refus catégorique, quoique moindre en nombre, d’une reconnaissance par l’Eglise des partenariats homosexuels ».

Engagement social

Parmi les voeux que les fidèles adressent au pape, celui d’un plus grand engagement social. Pour les sondés, il faut déplacer le curseur. « On souhaite que l’Eglise fasse entendre plus fortement sa voix dans la société civile pour les questions de politique, [du] développement du droit et [de la] justice. De cette manière, stipulent certains, l’enseignement de l’Eglise en matière de morale serait mieux compris et pourrait être plus persuasif ».

Réalisme

Beaucoup regrettent également un manque de réalisme de la pastorale matrimoniale. « Les offres pastorales organisées en Suisse sont encore bien trop éloignées de la vie concrète des personnes ». Et pour cause: « L’Eglise n’a pas d’offre pour les couples qui vivent ensemble à l’essai ».

On peut s’interroger sur l’influence qu’auront ces demandes suisses au Vatican et la manière dont Mgr Jean-Marie Lovey, délégué des évêques suisses à Rome en octobre 2015, en fera écho lors du synode. Une chose est sûr, le pape a déjà répondu positivement à l’une d’entre elles. En allégeant les procédures de reconnaissance de nullité de mariage, il réalise les vœux des catholiques suisses qui voyaient dans cette démarche « un grand secours pour quelques personnes individuelles ».