Par Jacques Berset Le

Dans Un synode brûlant

Craignant d’être exclues, les femmes catholiques se font entendre. Elles ont présenté, le 1er octobre 2015, à Rome, le livre Des femmes catholiques parlent: apportant nos dons à l’autel.

L’ouvrage présenté à l’université pontificale Antonianum, institution franciscaine, comprend les contributions de 44 femmes du monde entier, dont un grand nombre de noms connus de la « théologie de la femme ».

Ce livre en anglais, intitulé Catholic Women Speak: Bringing Our Gifts to the Table, est une anthologie des perspectives de femmes catholiques d’âge différent, de diverses nationalités et milieux. Il traite une grande variété de sujets concernant la vie familiale, la doctrine catholique face à des questions comme la contraception, le divorce, le remariage et les relations du même sexe, rapporte Radio Vatican en langue anglaise.

Les femmes abordent aussi de questions moins médiatisées, comme les problèmes rencontrés dans les mariages interconfessionnels, les défis spécifiques des femmes en Afrique et en Amérique latine, et la pauvreté qui a un impact particulier sur les femmes.

Sans les femmes,
l’Eglise ne respire qu’avec un seul poumon

Lors du symposium accompagnant la présentation du livre, des auteures ont exprimé leur inquiétude, estimant que de nombreux pères synodaux étaient incapables d’écouter les histoires de vie réelle de tant de femmes luttant pour élever leur famille dans un contexte qui n’est pas toujours en accord avec les idéaux de la doctrine de l’Eglise. Elles déplorent également « l’exclusion » dont elles sont victimes dans le processus même du Synode. Elles relèvent que si le pape François a nommé 30 femmes comme auditrices au Synode, seuls les 279 membres masculins pourront voter, ce qui fait que l’Eglise ne « respire qu’avec un seul poumon ».

Dans leur ouvrage, les femmes catholiques soutiennent « qu’il faut plutôt une théologie plus profonde de l’être humain, une anthropologie théologique qui puisse être développée par la pleine intégration des femmes dans le processus de réflexion théologique à partir des réalités de l’expérience de la vie quotidienne ». Les femmes catholiques résistent à l’idée d’avoir une théologie de la femme qui ferait d’elles des objets d’étude et les sépareraient en tant que catégorie de réflexion. « On ne parle pas d’une théologie de l’homme. Nous sommes tous disciples, en vertu du baptême », écrit par ailleurs dans le journal américain « National Catholic Reporter » Marti Jewell, professeure à la « School of Ministry » de l’Université de Dallas.

Non à une théologie de la femme

Dans le même journal en ligne, Christine Schenk, une sœur de St. Joseph, rappelle que dans l’Eglise catholique aux Etats-Unis, à la base, les femmes ministres et les responsables laïcs sont probablement dix fois plus nombreux que les prêtres: « Qui enseigne la religion dans les paroisses, qui accompagne les personnes âgées et les malades, qui organise la réflexion biblique et théologique pour les adultes, qui organise et enseigne les programmes du rite de l’initiation chrétienne pour les adultes, qui dirige le chœur paroissial lors de la messe ? La plupart du temps, ce sont les femmes, qui constituent le 80% de tous les ministères laïcs dans l’Eglise aux Etats-Unis!  »

Sœur Christine Schenk regrette que lors de la récente visite pastorale du pape François aux Etats-Unis, c’étaient les dignitaires religieux masculins qui étaient au premier rang. A la cathédrale de Philadelphie, les prêtres étaient assis devant, tandis que les laïcs et les religieuses étaient relégués au fond de l’église. « Heureusement, cela n’a pas été répété dans d’autres lieux ! » Et de se demander finalement si cela aurait été trop d’inclure quelques femmes comme servantes d’autel et ministres de la communion.

La publication « Catholic Women Speak: Bringing Our Gifts to the Table » est le fruit d’un projet de mise en réseau en ligne d’un an pour connecter des femmes catholiques du monde entier. Cette initiative espère influencer les discussions du Synode qui s’ouvre ce dimanche. La XIV° assemblée générale ordinaire du Synode des évêques s’ouvre le 4 octobre à Rome par une messe solennelle présidée par le pape François. Jusqu’au 25 octobre, le Synode se penchera sur le thème « La vocation et la mission de la famille dans l’Eglise et dans le monde contemporain ». (apic/ncr/radvat/be)