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Dans Les leviers du synode

Le pape François va canoniser, le 18 octobre 2015, les époux Martin, parents de sainte Thérèse de Lisieux. Louis Martin (1823-1894) et Zélie Guérin (1831-1877) seront le premier couple de l’histoire de l’Eglise à être canonisé en tant que tel. Bénédicte Lutaud et Foulques de Chénerilles d’I.MEDIA ont rencontré le Père carme François-Marie Lethel, spécialiste de la théologie des saints.

I.Media: La canonisation des époux Martin a lieu au cœur du Synode ordinaire des évêques sur la famille. Comment interpréter ce choix du pape François?

La canonisation de Louis et Zélie Martin va même être le point culminant du synode. A travers elle, on reconnaît aussi la sainteté d’une famille. Les cinq filles survivantes sur leurs neuf enfants sont entrées au couvent. La plus jeune, Thérèse de Lisieux, avait été canonisée à Rome par Pie XI le 17 mai 1925, puis déclarée docteur de l’Eglise par Jean Paul II, en 1997. Sa grande sœur Léonie, pour laquelle leur mère se faisait beaucoup de soucis, est également en voie de béatification aujourd’hui! Les époux Martin ne sont pas qu’un exemple, mais aussi une réalité: ces nouveaux saints pourront intercéder pour le synode et les familles.

Ils seront le premier couple catholique à être canonisé comme tel. En quoi cela peut-il interpeler les époux chrétiens?

Jusqu’au Concile Vatican II, les principales canonisations étaient celles de religieux et de religieuses. Le concile a apporté une grande lumière sur la vocation universelle à la sainteté. Désormais, le mariage aussi peut être vu comme un chemin de sainteté. Depuis, bon nombre de couples sont en voie de canonisation. Le 5 mai, le pape François a déclaré vénérable un autre couple: les Italiens Sergio et Domenica Bernardini. Ce sont de simples paysans originaires des montagnes de Modène. Sur dix de leurs enfants, huit sont entrés dans les ordres. Ce qu’on retrouve dans la vie de ces couples, c’est d’avoir réalisé la sainteté à travers la souffrance. L’amour entre les époux trouve son expression culminante à la fin de leur vie, quand l’un des deux souffre. Alors que son mari était mourant, Domenica Bernardini lui avait dit ces mots: “Sergio, disons ensemble ‘Vierge Mère de Dieu, faites-nous saints’“. Dans un dernier souffle, son mari répondit: “Faites-nous saints“. De même, Zélie Martin fut soutenue par son mari jusqu’à sa mort. C’est le signe que la sainteté se vit aussi dans les épreuves. Ainsi, les époux Martin donnent la main à de nombreux autres couples.

« Le conjoint est le prochain à aimer
par excellence »

Cette canonisation d’un couple va-t-elle encourager d’autres canonisations du même type?

Oui, elle va ouvrir la voie à la canonisation de nombreux autres couples. Dès le moment de leur mariage, les époux Martin ont eu cet idéal de sainteté. Dans un couple, la sainteté de l’un multiplie la sainteté de l’autre. Le conjoint est le prochain à aimer par excellence!

Quel exemple peuvent offrir les époux Martin à des parents dans la transmission de la foi à leurs enfants?

Les époux Martin, qui appartenaient à la petite bourgeoisie, étaient de grands travailleurs, qui géraient bien leurs affaires. Ils faisaient preuve d’une grande charité envers ceux qui souffrent. Ils ont transmis une éducation très concrète dans la foi à leurs enfants, à travers les gestes dans la vie quotidienne. Dans L’Histoire d’une âme de sainte Thérèse, et dans la correspondance de madame Martin, on peut découvrir le soin que les époux Martin prenaient de leurs enfants, à tous les niveaux. Mais des couples sans enfants peuvent aussi devenir saints! Je pense au marquis et à la marquise de Barolo, qui n’ont jamais eu d’enfants, et sont en voie de béatification. Amis de Don Bosco, c’est comme s’ils avaient adopté tous les pauvres de Turin comme leurs enfants. On remarque aussi que ce sont des couples de tous milieux sociaux qui sont en cours de béatification ou de canonisation: les Barolo, époux très fortunés, les Martin issus de la petite bourgeoisie, et enfin les Bernardini, de petits paysans.

Cette canonisation coïncide également avec la Journée missionnaire mondiale, placée sous le patronage de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Quelle place sainte Thérèse peut-elle occuper dans l’évangélisation contemporaine ?

Il y avait une grande conscience missionnaire en France au temps des époux Martin: le 19e siècle a été la plus grande période missionnaire dans l’histoire de l’Eglise. Ce siècle a également connu beaucoup de martyrs chrétiens. Saint Théophane Vénard, prêtre envoyé au Vietnam par les Missions étrangères de Paris, a par exemple beaucoup marqué sainte Thérèse. Sainte Thérèse est la sainte patronne des missions, alors qu’elle n’est jamais sortie de son carmel… que par la seule force de sa prière. La famille est sans doute le premier lieu de l’évangélisation! Enfin, la sainteté de sainte Thérèse, liée à celle de ses parents, renvoie à la Sainte famille de Jésus, Marie et Joseph. L’exemple de la Sainte famille représente une grande lumière pour le synode.


Le Père Lethel est l’auteur de “La lumière du Christ dans le cœur de l’Eglise. Jean Paul II et la théologie des saints (Retraite de Carême avec Benoît XVI)”, publié aux éditions Parole et Silence. En 2011, il a en effet prêché la retraite de Carême au Vatican. Professeur à l’Université romaine du Teresianum, il travaille depuis le pontificat de Jean Paul II pour la Congrégation pour les causes des saints. Il est également l’ancien secrétaire de l’Académie pontificale de Théologie.

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