Par Bernard Hallet Le

Dans Un synode brûlant

Kevin*, homosexuel depuis 20 ans en couple, n’attend rien du synode sur la famille. Ce théologien, pratiquant et formateur d’adulte en Eglise pointe du doigt une Eglise qui, malgré les apparences, ne change pas vis-à-vis des homosexuels. Celui qui « fait partie de la richesse de Dieu », regrette de devoir mentir pour être accueilli dans sa foi.

« Le synode de 2014 s’est soldé par une fin de non recevoir pour les personnes homosexuelles », lâche Kevin. Cet homme, en couple avec son compagnon depuis 20 ans, n’attend rien du synode à venir. Il reconnaît la petite avancée concédée par l’Eglise sur « l’accueil » des personnes homosexuelles. « Après 40 ans de nominations de cardinaux traditionalistes, le pape lui même se retrouve devant un mur », constate-t-il. Egalement conscient de la difficulté, pour les Pères synodaux, d’aboutir à une conclusion universelle sur une réalité aussi contrastée à travers le monde, il ne se fait aucune illusion sur l’issue de la réunion du mois d’octobre.

« Nous sommes aussi visage du Christ »

Des souhaits? Il souffle, du bout des lèvres, le mariage pour les homosexuels, bien sûr, mais sans conviction. Une bénédiction serait déjà bien. La solution, pour les personnes homosexuelles, est à rechercher en dehors du synode. L’amour Divin donne au théologien, né enfant de Dieu, une identité forte en tant que chrétien. « Dieu nous a créés ainsi, nous faisons partie de sa richesse. Nous sommes aussi visage du Christ, ni torturés, ni malades », plaide-t-il.

Des groupes de discussion

Concrètement, il souhaite commencer par l’organisation de groupes de réflexion constitués par des personnes homosexuelles ou concernées par l’homosexualité, en paroisse ou au sein des diocèses. « Cela ferait tomber bien des clichés. Les gens constateraient que nous prions comme eux, que nous avançons dans la vie avec nos joies et nos peines comme tout le monde », raisonne-t-il. Il cite volontiers le diocèse de Sion, pionnier en la matière. Autre idée: A défaut de bénir les unions, le prêtre pourrait bénir le foyer de couples homosexuels. « Ils le font bien pour les couples divorcés-remariés, et dans ce cas, il ne s’agit pas de personnes. C’est donc faisable », argumente-t-il. Il évoque la réalité que vivent de nombreux prêtres, devant « slalomer » continuellement entre dogme et réalité pastorale. Il fustige aussi l’hypocrisie de l’Eglise qui selon lui, consiste à nier une situation par laquelle elle est concernée en son sein.

Schisme de l’Eglise avec la société

Selon Kevin, il sera très difficile pour l’Eglise d’aller rechercher la société qui « lui a tourné le dos ». « L’Eglise est en état de schisme avec la société », lâche-t-il. Le salut pourrait venir du pape François qui a exhorté à sortir vers les périphéries pour aller rechercher la société qu’elle a perdue.

Mon plus grand coming out a été de dire que j’étais chrétien

« L’Eglise doit renouer le dialogue avec la société et prôner un accueil sans condition des personnes homosexuelles dans les paroisses », analyse Kevin en insistant sur l’aspect inconditionnel. « Pourquoi conditionner l’accueil des personnes homosexuelles à la recherche de Dieu? », dénonce-t-il. « Je suis à la recherche de Dieu, et à ce titre, sur un même pied d’égalité que n’importe quel autre fidèle dans cette situation », explique-t-il en reconnaissant que, depuis le début de son pontificat, le pape François permet à  l’Eglise de présenter certaines choses autrement sans changer les règles. Réaliste, Kevin ne voit pas le pape balayer du revers de la main la réunion conciliaire qu’il a lui-même convoquée.

Le désir profond de Dieu

Né d’un père catholique et d’une mère protestante, Kevin s’est fait baptiser à l’âge de 21 ans. Il lui semble connaître son orientation sexuelle depuis l’âge de cinq ans. Et pourquoi la théologie ? Aussi loin que remontent ses souvenirs d’enfance, il se souvient de l’appel de Dieu. « J’ai toujours eu un désir profond de Dieu. Cela m’a aidé dans mon parcours de vie. « Par mon chemin de baptême, ma vie est devenue source de richesses pour moi et pour les autres », dit-il. Il fait référence à son homosexualité qui lui a valu, étant jeune, de grandir dans la peur, les humiliations, quelques passages à tabac et une image de soi absolument catastrophique renvoyée par la société. « Aujourd’hui, je suis une personne ressource. On vient vers moi, les gens me confient leurs problèmes. Je peux aider les autres et notamment les jeunes lorsqu’ils se posent des questions. Je peux leur apporter des réponses simples et sans jugement », explique Kevin.

Il évoque son compagnon, rejeté par ses parents, qui s’est détourné de l’Eglise qu’il considère comme une « institution d’extrême droite », depuis les manifestations contre le mariage pour tous en France. Il juge l’Eglise infidèle à la parole de Dieu. Tous deux dialoguent beaucoup sur le sujet. « Il a un recul sur les Ecritures que je n’ai pas. C’est très intéressant et il me pique parfois au vif », s’amuse-t-il.

« Je suis un chrétien comme les autres »

Au-delà du synode et de ses aspects juridiques, Kevin revendique l’accueil des couples homosexuels en paroisse sans jugement et le droit de pouvoir aller à la messe à visage découvert et d’être accueilli dans sa foi sans devoir mentir. « Il faut savoir où l’on place la vérité de l’Evangile ». Se sent-il rejeté ? « Je ne peux pas le dire, je ne n’ai pas ouvertement parlé de mon homosexualité ». « Dans le fond, mon plus grand coming out a été de dire que j’étais chrétien et d’avoir fait des études de théologie », sourit-il.

*Kevin : prénom fictif