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Par Maurice Page Le

Dans Les leviers du synode, Un synode en deux temps

« La famille est une communauté humaine irremplaçable dont la portée est universelle. » C’est fort de cette conviction fondamentale que le pape François a développé son image de la famille idéale depuis le début de l’année 2015 dans une trentaine de catéchèses du mercredi. On peut y lire en filigrane son programme du synode.

La mère, le père, le couple, les enfants, les grands-parents, les jeunes, les personnes âgées, personne n’a été laissé de côté. Dans son langage familier, souvent ‘terre-à-terre’, François dresse le portrait d’une famille où chacun est aimé pour lui-même et peut grandir matériellement et spirituellement. Avec sa pédagogie, François est parfaitement à l’aise dans son rôle de curé du monde. Il met souvent le doigt là où ça fait mal et livre une règle de vie pour la famille.

Le choix de donner la vie

Le portrait de famille du pape François ne s’ouvre pas avec le mariage, ni même avec le couple mais avec la figure de la mère. « Quel est le choix de vie d’une mère? C’est le choix de donner la vie, voilà ce qui est grand est beau », explique-t-il le 7 janvier. « Les mères sont l’antidote le plus puissant contre la progression de l’individualisme égocentrique. » François se fait tout à fait concret: « La femme est peu aidée et écoutée dans la vie quotidienne, et l’on fait peu de cas de son rôle pourtant central. Pire on profite de la disponibilité des mères à se sacrifier pour les enfants afin de faire des économies sur les dépenses sociales. »

Même dans l’Eglise les mères devraient trouver plus de place. « Souvent ce sont elles qui transmettent au plus profond les germes de la foi dans la vie d’un être humain par les premières prières et les premiers gestes, moments irremplaçables et très précieux. »

Je suis fier d’être ton père

Le chapitre deux concerne le père, ou plutôt l’absence de père. « Aujourd’hui c’est plutôt l’absence de père qui semble la règle », note le pape François le 28 janvier. Il interpelle ces pères trop absorbés par leur travail ou leurs loisirs et qui négligent l’éducation de leurs enfants. Cette absence produit « lacunes et blessures chez les enfants qui peuvent être graves. » La société et les institutions ont aussi leur responsabilité dans ce problème.

Après le mauvais père, le bon père a la « bonne attitude pour écouter et agir, parler et juger avec sagesse et droiture. » Il pourra dire plus tard à ses enfants: « Je suis fier d’être ton père ». « Un bon père sait attendre et pardonner. Sans pour autant être faible ou sentimental, il doit savoir corriger sans humilier, protéger sans écraser. »

Vos enfants ne sont pas vos enfants

« Les enfants sont un don ! Ils ne sont pas la propriété de leurs parents. Chacun est unique et différent ». « L’enfant est aimé non pour sa beauté et pour ses qualités. Il est aimé pour lui-même, pour ce qu’il est, avant même de venir au monde. » Pour le pape, l’expérience d’être fils ou fille permet de « découvrir la dimension gratuite de l’amour de Dieu, qui est le fondement de la dignité personnelle. »

Une société sans enfants est triste et grise

L’aspect social est toujours là. « Une société qui n’honore pas ses enfants est une société sans honneur. Une société qui n’aime pas s’entourer d’enfants qui les considère comme un souci et un risque, et les familles nombreuses comme un poids est une société déprimée. »

Revenant une deuxième fois sur le sujet le 18 mars, le pape François relève qu’une « société sans enfants est triste et grise ». Sans employer le mort avortement il déplore que « les enfants sont les grands exclus, car on ne les laisse même pas naître. » « Les enfants rappellent aussi qu’au début de notre vie nous avons tous été totalement dépendants des autres. » Pour François, « nous ne sommes pas les maîtres de notre existence. Nous sommes radicalement dépendants ».

Un cri qui monte vers Dieu

La troisième intervention du pape touche « la passion que vivent beaucoup d’enfants parce que refusés, abandonnés, privés de leur enfance ou de leur avenir ». « Les enfants abandonnés sont un cri qui monte vers Dieu et qui accuse le système que nous avons construit ». « Ne déchargeons pas nos fautes sur les enfants. Les enfants ne sont jamais une ‘erreur’. (…) Que fait-on des Droits de l’homme et des Droits de l’enfant si ensuite on fait payer aux enfants les erreurs des adultes ? » interpelle-t-il vivement le 8 avril.

Fraternité, liberté égalité

Frère et sœur sont des mots que toutes les cultures et toutes les époques comprennent. Pour François « le lien de fraternité, formé en famille, dans un climat d’éducation à l’ouverture aux autres, est une grande école de liberté et de paix. » Le pape se fait ‘républicain’: « aujourd’hui, plus que jamais, il est nécessaire de mettre la fraternité au centre de nos sociétés. Alors la liberté et l’égalité pendront leur juste tonalité. »

Le virus de la mort

La famille du pape François s’étend obligatoirement aussi aux grands-parents. « Une société dans laquelle il n’y a pas de place pour les anciens porte en elle le virus de la mort. » « Grâce au progrès de la médecine, la vie s’est allongée, mais la société ne s’est pas élargie à la vie », déplore-t-il le 4 mars. François va même jusqu’à parler de ‘péché mortel’ pour évoquer l’absence d’attention aux personnes âgées, et les nombreux grands-parents qui restent plusieurs mois par an sans visite et sans nouvelles de leurs petits-enfants. « Une société sans proximité, où la gratuité et l’affection sans contrepartie disparaissent est une société perverse. » Pour le pape, une des vocations des grands-parents est de faire comprendre aux jeunes « qu’une vie sans amour est une vie desséchée, que l’angoisse de l’avenir peut être vaincue, qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir. »

La prétendue théorie du genre

Pour François, pas de famille sans une saine anthropologie. L’homme et la femme sont à la fois différents et complémentaires et ce depuis la création. « Je me demande si la prétendue théorie du genre n’est pas aussi l’expression d’une frustration et d’une résignation qui vise à effacer la différence car on ne parvient plus à l’assumer », s’interroge le pontife le 15 avril. « Le refoulement de la différence, en fait, est le problème et non la solution. (…) Pour résoudre leurs problèmes de relations, l’homme et la femme doivent au contraire se parler davantage, s’écouter davantage, s’aimer davantage. »

François en remet une deuxième couche le 15 juin dénonçant les « colonisations idéologiques qui détruisent la société (…) qui empoisonnent l’âme et la famille. » Devenir papa et maman est un appel de Dieu, c’est une vocation. (…) Etre parents se fonde sur la différence de l’être masculin et féminin, comme le rappelle la Bible. » Pas de quoi encourager les couples homosexuels qui revendiquent l’adoption.

Le couple humain, chef d’oeuvre de Dieu

A partir de cette réflexion, le pape François invite à remettre à l’honneur le mariage et la famille. Le 22 avril, il juge que « la dévaluation sociale de l’alliance stable et féconde entre homme et femme est une perte pour tous ». Pour lui la sauvegarde de cette alliance est une « vocation exigeante et passionnante ». « Dieu garde et protège avec tendresse le couple humain son chef d’œuvre. » Il conclue alors « l’homme est tout pour la femme et la femme est tout pour l’homme.

Aimez votre femme,
comme le Christ aime l’Eglise !

« Aimez votre femme, comme le Christ a aimé l’Eglise. Ce ne sont pas des plaisanteries, c’est du sérieux », lance le pape le 6 mai. François ne s’embarrasse pas de circonvolutions alambiquées pour commenter la lettre de saint Paul aux Ephésiens dans laquelle l’apôtre recommande aux femmes d’être soumises à leur mari. Il s’adresse… aux hommes.

Le mariage « ce n’est pas seulement une cérémonie dans une église, avec les fleurs, avec la robe, les photos. C’est un sacrement qui construit l’Eglise, en donnant naissance à une nouvelle communauté familiale. (…) L’Eglise est pleinement engagée dans l’histoire de chaque mariage chrétien. Elle s’édifie sur leurs réussites et souffre de leurs échecs. »

Se connaître avant de cohabiter

A partir du constat que beaucoup de couples cohabitent parfois depuis longtemps mais ne se connaissent pas vraiment, le pape François appelle le 27 mai à revaloriser le temps des fiançailles comme chemin de préparation au mariage. On ne doit pas brûler les étapes sur ce chemin, insiste-t-il. La liberté du lien conjugal « ne repose pas seulement sur une simple entente de l’attraction ou du sentiment, d’un moment, d’un temps bref. (…) L’alliance d’amour entre l’homme et la femme, alliance pour la vie, ne s’improvise pas ! Elle ne se fait pas d’un jour à l’autre. Il n’y a pas de mariage-express. (…) Qui prétend vouloir tout et tout de suite, cède aussi sur tout, et tout de suite, à la première difficulté ou à la première occasion. »


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