Par Nicolas Betticher Le

Dans Le synode en direct

Rappel des faits :

– Le Pape François voulait un « Synode de la miséricorde ».
– Il a consulté toutes les Eglises locales.
– Il a signé un Motu Proprio simplifiant les procédures en nullité matrimoniale, rappelant l’importance de la conscience des conjoints face à la vérité de leur union échouée. La conscience : mot clé de ce Synode.
– Il souhaite une décentralisation du pouvoir. Il veut renforcer le rôle des évêques pour respecter les réalités des Eglises particulières.
– Il décide la création d’un dicastère de la famille.

Nombreux signes d’ouverture, voire de rupture avec une Eglise qui parfois croit tout savoir, croit avoir le monopole de la vérité. Signes d’une volonté d’aller vers les plus démunis, les pauvres en vérité, en recherche de sens, de réconfort, de communion dans la foi en Celui qui est notre destin commun.

Le document est dans les mains du Pape. Il va consulter. Le nouveau dicastère l’aidera. Le Pape n’a pas fini de nous surprendre.

La conscience est le mot clé de ce printemps de l’Eglise. Pas une conscience qui ouvre la voie à la liberté individuelle, à la dictature du subjectivisme. Mais une prise de conscience de la nécessaire communion entre tous les chrétiens qui portent la responsabilité de faire route ensemble, de se porter les uns les autres, de s’aider à vivre l’idéal de la foi, bien modestement.

L’humilité de tous en est la condition première.

[accordion clicktoclose= »true »] [accordion-item title= »Une décentralisation salutaire de l’Eglise »]

Le pape François a fait cette déclaration il y a quelques jours, au cœur même du Synode. Il parle d’un renforcement des compétences des évêques, voire des conférences épiscopales.

Ce n’est pas la première fois que le pape aborde la nécessaire réforme du pouvoir pontifical. Décentraliser, ce n’est pas affaiblir l’Eglise, au contraire, c’est donner aux Eglises locales un pouvoir plus grand, c’est renforcer en fin de compte l’Eglise universelle.

Le soir de son élection, le pape François avait déjà annoncé la couleur en se présentant d’abord comme évêque de Rome et ensuite seulement comme successeur de Pierre.

Alors que signifie cette déclaration pendant le Synode ? Difficile d’interpréter. Mais ce qui semble certain, c’est la volonté du pape de renforcer les Eglises particulières. Pourquoi? Pour mieux sentir la base, comprendre l’évolution du temps, les différences culturelles.

L’Eglise n’est pas une paroisse mondiale

C’est très juste, car l’Eglise, précisément par la globalisation, ne doit pas devenir une paroisse mondiale, mais bien plus une grande communion de diversités, de réalités évangéliques locales.

C’est peut-être cela qui conduit la pensée du pape. En donnant aux évêques davantage de prérogatives, il assure une plus grande cohérence entre l’Evangile et le troupeau du Seigneur.

Un exemple: les ‘Viri probati’. Le pape pourrait demain, par un simple décret, décider le principe même de l’ordination d’hommes mariés et laisser les conférences épiscopales nationales ou continentales décider de l’application ou non de cette décision pétrinienne d’ordre disciplinaire et non dogmatique. Ainsi il reviendrait aux évêques d’apprécier la nécessité d’introduire l’ordination d’hommes mariés. La décision ne serait pas partout la même: en Asie le prêtre est souvent assimilé à un moine (bouddhiste par exemple) et le célibat est de mise; en Afrique, un homme sans enfants est considéré parfois comme socialement « mort » ou encore en Occident le principe du prêtre marié est largement admis.

Cela n’enlève rien au principe même de la beauté du célibat comme don de Dieu et souligne aussi la beauté du don de soi dans le mariage.

Aucune décision ne fera jamais l’unanimité. Mais le pape et les évêques du monde entier se doivent d’écouter la base, de laisser parler le ‘sensus fidei’, lieu que privilégie aussi l’Esprit Saint, pas vrai ?

[/accordion-item] [accordion-item title= »Ca bouge au synode ! »]

En choisissant le thème de la famille pour le synode, le pape François savait que ce thème serait délicat. Parler de la famille, c’est aussi accepter de parler des nouvelles formes de familles: familles recomposées, familles monoparentales, unions homosexuelles, homoparentalité, polygamie, etc.

En ouvrant le débat sur la famille et partant sur le couple, le pape savait qu’il ouvrait la boîte de Pandore. Il savait aussi que le débat n’allait pas se limiter à redire ce que l’Eglise dit déjà par son Catéchisme. Ca, tout le monde le sait déjà.

Le pape acceptait le risque d’aborder des questions catholiquement non correctes. Et ça, c’est la vraie révolution de ce synode. Preuve en est la récente lettre de certain Cardinaux qui craignent que la doctrine du catéchisme soit relativisée et qui souhaitent exclusivement une redite de la doctrine du magistère.

Mais pourquoi alors un synode ?

Le pape sait bien qu’il faut aller au-delà d’une simple redite. Il veut provoquer le débat, un débat nourri et large.

Pour l’heure, tout est ouvert. Mais une réaction de divers Cardinaux sous l’égide notamment de l’archevêque de Vienne en dit long: “Il ne faut confondre la critique de l’égoïsme de l’individu avec la critique de l’individu et sa liberté”.

Une phrase clé qui mérite une exégèse. Ce qui ressort clairement, c’est le respect fondamental de la liberté de l’individu. Cette thèse peut éclairer le vrai défi de ce synode: accepter que la doctrine de l’Eglise est un idéal à suivre, certes, mais accepter aussi que la liberté de chaque catholique qui ne peut ou ne souhaite suivre certains éléments de la doctrine est également digne de respect. Voilà le défi!

Mais comment y répondre? Il reviendra au pape François de juger, de trouver la marque de l’Esprit saint dans toutes les propositions qui sont faites dans le cadre de ce synode.

Accepter que l’idéal du sacrement de mariage est incontestable, c’est aussi accepter que celui qui ne parvient pas à cet idéal est digne d’une parole ferme et claire de l’Eglise. Si le sacrement offre la grâce, les autres formes du vivre ensemble en Eglise ne sont pas démunies pour autant de grâces. Dieu est présent au côté de chaque fidèle qui ouvre son cœur au bonheur de la foi. Lâcher prise et laisser faire Dieu !

C’est peut-être cela que souhaitent certains Pères synodaux dans leur déclaration qui fait du bien à notre Eglise !

[/accordion-item] [accordion-item title= »Innover ou maintenir? »]

Le cardinal allemand Reinhard Marx souhaite de nouvelles propositions quant à la question de la pastorale à l’égard des divorcés remariés. Il ne peut être question de redire ce qui a déjà été énoncé lors de la première partie du Synode. Il faut innover. L’archevêque de Munich est connu pour ses déclarations claires. Il fait partie des proches du pape François. Il a donc sa confiance.

Le pape de son côté est intervenu, de façon inhabituelle, au début de la deuxième journée de travail du synode, pour rappeler que la doctrine de l’Eglise sur le mariage n’était pas remise en question.

Ces deux déclarations peuvent laisser perplexe. D’un côté un proche du pape qui demande des réponses pastorales appropriées aux questions légitimes des divorcés remariés, des réponses novatrices, et de l’autre côté le pape François qui semble annoncer la couleur en rappelant que la doctrine ne peut pas être remise en question.

Entre ces deux déclarations il faut voir une habile stratégie visant à rassembler les pères synodaux autour de l’essentiel: l’être humain et la doctrine et non pas l’être humain ou la doctrine.

La question du comment faire demeure cependant entière: comment faire cohabiter l’indissolubilité du mariage, sa référence à l’Eucharistie avec l’accès des divorcés remariés à la communion? Les pères synodaux sont très divisés. Il y a ceux qui estiment que le remariage civil rend la réconciliation avec le premier conjoint impossible, la faute demeure dès lors, elle est objective et ne permet pas le pardon et l’accès à l’Eucharistie. Il y a les autres qui disent qu’il faut rejoindre la personne blessée, la personne qui souffre et qui a besoin de la grâce de l’Eucharistie pour grandir spirituellement et pour guérir les blessures, celles d’un mariage qui s’est soldé par un échec.

Face à ces approches et surtout face aux attentes immenses des chrétiens du monde entier, il doit y avoir des réponses claires et convaincantes. Le pape le sait.

Sa décision de publier le Motu Proprio sur les procédures matrimoniales est éclairante. Elle confirme et facilite une voie permettant la nullité matrimoniale et partant l’accès à l’Eucharistie.

Mais qu’en est-il des personnes qui ne remplissent pas les conditions d’une telle nullité?

La référence systématique du pape à la conscience de la personne peut constituer ici une amorce de réponse: la personne apprécie elle-même le degré de validité de son premier mariage. Quelle certitude morale a-t-elle quant à la valeur sacramentelle du premier mariage? Le pape invite à une prise de conscience sérieuse. Sérieuse, car bien souvent la conscience a appris à se taire, la faute, le péché ne sont plus ressentis comme un mal. La conscience n’invite plus au repentir. Afin qu’il y ait un repentir, il ne suffit cependant pas de voir la faute, il faut avant tout ressentir l’Amour de Dieu. Alors cet amour incite à la conversion, au pardon et à l’accès à l’eucharistie. Le fils prodigue voit sa faute. Il rentre chez son père. Mais il ressent le besoin du pardon au moment où il sent le regard d’amour que son père pose sur lui.

Cette condition cependant ne résiste pas à l’affirmation qu’un remariage civil constitue une faute grave, objective et permanente. Et c’est cette réalité précisément qui est le vrai problème. Dieu peut-il pardonner une faute qui demeure objectivement?

En rappelant l’indissolubilité intrinsèque du mariage en tant que doctrine immuable, le pape souligne l’idéal à suivre. En parlant de l’engagement urgent et concret de l’Eglise à l’égard des « blessés » de la vie, le pape semble vouloir donner une réponse de miséricorde à chaque personne, individuellement considérée. Cette distinction subtile permet et de demeurer fidèle au Magistère et de rejoindre pastoralement chaque personne qui souffre de ne pas avoir accès à l’Eucharistie. En lui offrant* le corps du Christ, l’Eglise ne fait que remplir sa mission salvatrice, celle de permettre à la personne de se reconstruire spirituellement et psychologiquement.

Cette approche est souhaitable pour rassembler et les pères synodaux et les catholiques du monde entier, divisés sur cette épineuse question. Le rôle du pape est d’assurer ce lien « pontifical » indispensable à la cohésion et la crédibilité du synode et partant de toute l’Eglise.

*(selon le principe de l’épikie et selon la distinction entre indissolubilité intrinsèque et extrinsèque: le mariage sacrement demeure, le fidèle peut être dispensé par l’autorité compétente (selon le pouvoir pétrinien) des obligations liées au mariage en faveur d’une nouvelle union non sacramentelle, mais constatée comme réellement existante)

[/accordion-item] [accordion-item title= »La joie de l’espérance »]

Nous sommes en chemin. Synode. Le pape François nous entraine sur des chemins nouveaux, peu connus encore. L’espérance est là, nous la sentons tous. Elle nous aspire vers plus haut que nous-mêmes. A nous de lâcher prise, faire confiance.

Le pape a convoqué un synode, mais au préalable il a consulté les catholiques du monde entier. Et c’est là qu’il nous a surpris, il nous a offert sa confiance. Révolution.

Le pape a placé d’abord sa confiance en Dieu. L’Esprit Saint souffle où il veut et quand il veut. L’Esprit parle au travers des enfants, des personnes âgées, des pauvres, des petits, des migrants, du petit Aylan mort sur cette plage quelque part là-bas au bord de la Méditerrané ! Il souffle aussi au-travers des évêques présents à Rome, bien-sûr ! Le pape écoute l’Esprit Saint. Il le laisse agir au cœur de notre Eglise. C’est là une autre révolution qui suscite l’espérance.

Se placer face à sa conscience

Le Motu proprio sur les questions liées aux nullités matrimoniales peut paraître très juridique, certes, mais il est d’abord et avant tout un moyen clair pour placer l’être humain debout face à l’échec de son mariage, le placer face à sa conscience, une conscience éclairée par l’Ecriture, la Tradition et le Magistère. Cette référence à la conscience peut faire peur: dictature du relativisme ! Oui, mais parfois il faut accepter de ne pas avoir la vérité absolue. Elle appartient à Dieu. Elle n’est pas encrée dans nos manuels de théologie une fois pour toute. Acceptons que Dieu conduise son Eglise au travers de nos pauvretés. Pour cela nous sommes tous invités au courage empreint d’espérance en Dieu.

Certains voient dans cette récente décision papale une stratégie. Peut-être est-ce une stratégie. Ouvrir la porte à une procédure en nullité simplifiée, c’est aussi répondre en partie à la question de l’accès des divorcés remariés à l’Eucharistie ou à une nouvelle union, cette fois sacramentelle. Ces premières réponses données ouvrent la porte à d’autres questions brulantes liées à la famille, comme surtout et avant tout la transmission de la foi au cœur de la famille, de génération à génération. Que de plus important que cela ?

Prendre au sérieux la parole de chacun

C’est comme si le pape concentrait nos attentes et nos attentions sur ces questions de la transmission de la foi, cette foi en la vie, en la justice, en la miséricorde comme le Saint-Père l’a magnifiquement rappelé à Cuba et aux Etats-Unis.

Et n’oublions pas l’Encyclique « Laudato si » qui incite nos consciences à nous placer face à nos agissements pour ou contre la Création. Le pape pose des actes à la fois ecclésiaux et politiques. Il est dans la droite ligne du Concile Vatican II qui justement entamait ce difficile dialogue entre les sociétés modernes et la doctrine théologique. Le pape n’a pas peur d’affronter les questions liées à ce fossé entre une société sécularisée un peu partout dans le monde, notamment à cause des médias sociaux, et des mouvements s’opposant à toute évolution.

Ce fossé est le vrai débat de ce Synode. Faire route ensemble pour combler le vide abyssal entre les sociétés de consommation et les sociétés marquées par la pauvreté, entre les respects les plus divers de la vie humaine, de la Création, de l’équilibre entre l’individu et ses droits et la société et ses prérogatives. Tel est le grand défi de ce Synode. Le pape le sait bien. Il prie avec nous.

Le pape François n’a pas fini de nous surprendre. C’est bien! La large consultation synodale est un processus qui est en marche. Ce processus est la véritable réponse: une Eglise en marche qui prend au sérieux la parole de chacune et de chacun: quelle révolution ! Quelle joie de l’espérance.

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