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Dans Le synode en direct, Un synode en deux temps

Sion, 22.09.2015 (cath.ch-apic) Mgr Jean-Marie Lovey, évêque de Sion représentera la Conférence des évêques suisses (CES) au synode sur la famille du 4 au 25 octobre à Rome. A la veille de son départ, il livre à cath.ch son sentiment.

Pour Mgr Lovey, le Synode est avant tout une expérience où les évêques sont invités à s’écouter les uns les autres et à écouter l’Esprit-Saint. Le but ultime est de conduire les familles vers Jésus qui invite à aimer du plus grand amour.

Quels sont vos sentiments au moment à la veille du Synode sur la famille ou vous allez représenter la Conférence des évêques suisses?

Je vous réponds de Rome. J’y suis pour une rencontre des nouveaux évêques. C’est une expérience forte de l’universalité de l’Eglise. A titre d’exemple, il y a 16 nouveaux évêques du Brésil, 10 de Pologne, 7 du Mexique, 7 Ukrainiens de rite grec-uni parmi lesquels le plus jeune évêque du monde, âgé de 38 ans! La rencontre avec un évêque de Syrie nous met tous en prise directe avec les situations d’une brûlante actualité. Je me réjouis d’étendre encore cette grâce de l’universalité avec les Pères du Synode, puisque le monde entier y sera représenté, tandis qu’ici, manquent les évêques d’Afrique et d’Asie ; ils ont leur propre parcours de formation.

Quelle est la famille idéale pour vous?

L’écrivain Paul Claudel disait à un de ses amis : « Si tu rencontres une famille idéale, appelle-moi, même la nuit. » Je pense, comme lui, que nous serons un peu dérangés, même la nuit. Des familles parfaites n’existent pas. Cependant, je rends grâce à Dieu pour les familles où l’on s’aime. Où des êtres humains, dans le respect de leur différence et l’unicité de leur vocation propre, sont capables de mettre en place des conditions où la vie peut être accueillie, respectée, nourrie et partagée. Ces familles existent et me donnent une belle idée de ce qu’est leur charisme.

Avant d’être évêque, vous avez été prieur à l’hospice du Grand Saint-Bernard où vous avez sans doute rencontré de nombreuses familles. Comment cela a-t-il contribué à approfondir vos connaissances des joies et des peines des familles d’aujourd’hui?

J’ai rencontré beaucoup de monde et de situations diverses à l’hospice du Gd-St-Bernard. Certaines familles sont d’une fidélité touchante. Je pense à telle famille française qui vient célébrer la Semaine Sainte là-haut depuis plus de vingt ans. Aujourd’hui, les enfants devenus grands amènent leurs propres enfants, les initient autant aux joies du ski ou de la montagne qu’au mystère pascal célébré avec la Communauté. Quelque chose d’essentiel de ce qu’est une famille se joue dans cette transmission des réalités de la vie humaine et de la vie chrétienne.

Que sont vos attentes concernant la rencontre des évêques et les discussions sur la famille à Rome?

L’expérience du Synode permettra certainement une ouverture sur des réalités autres. Les sociétés plus jeunes sont dynamiques et portent une espérance qui nous fait du bien. L’évêque de Syrie me disait : «Je n’ai presque pas de moyens pour faire vivre mes prêtres. J’ai quitté le Liban en guerre pour vivre en Syrie qui était tranquille; maintenant, la guerre s’est déplacée en Syrie. Les familles sont déplacées ou doivent fuir. Mais je sais que Dieu nous accompagne. Je suis un enfant d’une Eglise qui donne beaucoup de martyrs, et c’est pour cela qu’elle est vivante et pour cela que mon cœur n’a jamais été aussi paisible.» Je pense que durant le Synode d’autres évêques auront l’occasion de partager leur manière de vivre la foi dans les conditions concrètes de leurs Eglises. Ce regard fait vraiment partie de l’expérience synodale. Et je me réjouis d’apprendre, par le contact direct, quelles sont les joies, les espérances, les préoccupations majeures des hommes d’aujourd’hui. Les évêques sont en prise directe avec le terrain, et le témoignage de chacun pourra être immédiat.

Quel est le message de la Suisse que vous allez communiquer aux participants du synode?

Le Synode est une expérience où les évêques sont invités à s’écouter les uns les autres et à écouter l’Esprit-Saint; le pape nous l’a demandé. Il n’y a donc pas de message avant le Synode, mais je ne peux pas oublier que, sur le thème qui nous occupe, dans notre pays, la moitié des mariages, quelle que soit la forme de départ, aboutit à un divorce. Je veux porter dans la prière toutes les situations de couples et de familles, celles qui sont dans les difficultés, mais aussi, bien sûr celles qui vont bien. Notre Eglise locale a besoin de savoir que le projet du mariage et de la famille peut continuer à être source d’enthousiasme et d’espérance pour les jeunes d’aujourd’hui.

Quel est le sujet concernant la famille le plus urgent, dont les évêques devraient discuter?

La famille trouve son enracinement ultime et le plus profond dans le mystère trinitaire lui-même. L’Eglise est dépositaire de cette révélation qui dit la grandeur de la vocation de la famille. Il me paraît central que les évêques trouvent un langage pour redonner une confiance aux hommes d’aujourd’hui en resituant la famille dans ses racines. Les chrétiens reconnaissent le modèle familial dans la vie même de la Trinité. Cet enjeu de Foi devra être mis sur la table. Il va conditionner et éclairer les cas concrets qui viennent dans un deuxième temps.

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« Je veux porter dans la prière toutes les situations de couples et de familles, celles qui sont dans les difficultés, mais aussi, bien sûr celles qui vont bien », affirme Jean-Marie Lovey (Photo: Pierre Pistoletti)

Attendez à des décisions importantes prises par les évêques?

Les évêques sont des pasteurs. Leurs préoccupations les font rejoindre les êtres humains, là où ils sont et dans ce qu’ils vivent. Les réalités sont bien différentes d’un continent à l’autre. Par souci pastoral, l’évêque non seulement rejoint les personnes mais les conduit aussi au Christ source de vie et terme de leur recherche. Les évêques seront amenés à penser la Nouvelle Evangélisation sur un terrain qui n’intègre plus forcément les valeurs de l’Évangile. Le Synode devra rester ouvert aux suggestions de l’Esprit ; il remettra ses résultats au pape, mais les décisions éventuelles lui appartiennent.

Quel est le sujet le plus délicat que les évêques devraient traiter?

Les attentes sont multiples et différentes selon les cultures et les pays. Des voix se sont déjà fait entendre pour supplier les Européens de ne pas imposer que leur problématique à l’ensemble du monde. Peut-être y a-t-il un enjeu de communion et d’unité à prendre en compte avant de penser à faire aboutir un sujet particulier.

La famille chrétienne ne semble plus avoir beaucoup de place dans notre société laïque.

Les chrétiens, que ce soit à titre personnel ou comme famille, n’ont pas à être forcément majoritaires dans notre société. Qu’ils soient «levain dans la pâte» ! Ce qui fait leur envergure, c’est le témoignage authentique qu’ils peuvent donner. Une famille qui tente de vivre la vie chrétienne devient «sujet» d’une évangélisation à la hauteur de sa propre vocation. Elle dit quelque chose de l’être même de Dieu qui est circuit de vie et d’amour entre personnes différentes. Ce témoignage est irremplaçable dans l’Eglise. Sa mission est de permettre que le monde qui ne connaît pas Dieu s’interroge et qu’en voyant vivre des familles chrétiennes il puisse avoir envie de découvrir Celui qui fait leur bonheur.

Dans des discussions préliminaires au synode, des milliers de personnes ont participé à un sondage et à des rencontres au sujet de la famille. Quelle place va prendre dans votre pensée et votre action le fruit de ces discussions?

Je vais au Synode avec tout ce bagage. Nous avons déjà échangé sur ces questions lors d’une journée d’études entre délégations de France, Allemagne et Suisse. Beaucoup de préoccupations se rejoignent. En plus des réponses à cette consultation, je prends aussi dans mes bagages un grand nombre de lettres, de mails, d’articles de revues que je reçois de tous horizons et que des personnes me confient.

Que faire avec les jeunes qui ne répondent pas aux exigences que l’église demande pour créer la famille idéale?

L’évangile de la famille s’inscrit dans l’Evangile tout court. Si saint Jean Paul II a initié ce grand mouvement de Nouvelle Evangélisation c’est qu’il en sentait bien la nécessité. Je pense qu’il s’agit, dans chaque paroisse, dans chaque diocèse de faire des disciples, de reprendre avec courage notre «mandat» de missionnaire de l’Evangile. Le pape François insiste sur le fait que chaque baptisé doit être «disciple-missionnaire». Si l’exigence de l’Eglise est perçue comme une norme extérieure, elle ne sera pas suivie. Il s’agit d’intérioriser la norme pour comprendre qu’elle offre un chemin de bonheur; alors elle sera attractive.

De nouveaux modèles de famille comme la famille recomposée ou la famille dont les « parents » sont du même sexe se forment. Qu’en faire?

Nous avons à accompagner pastoralement les personnes, sans peur de montrer le chemin de l’Evangile qui est exigeant. Le Christ le fait sans cesse dans l’Evangile, en appelant au dépassement de soi et en invitant à aimer du plus grand amour (c’est l’exigence maximale), et cela, sans accabler celui qui ne le pourrait pas. Il se fait proche de chacun et fait confiance à la capacité qu’a l’homme de suivre ce que l’Esprit dépose dans le cœur. «Si tu veux…» tel est un des mots clés de son attitude pastorale. Cette attitude est inspirante pour les pasteurs.