Par Bernard Litzler Le

Dans Le synode en direct, Un synode en deux temps

La réunion des évêques catholiques sous forme de synode est une création récente. Explications.

Le synode des évêques a juste cinquante ans. En effet, cette institution a été établie par Paul VI à la fin du concile Vatican II, en réponse au désir exprimé par les Pères conciliaires. C’est le motu proprio (lettre apostolique) Apostolica sollicitudo du 15 septembre 1965 qui en fixa les règles et les objectifs.

«Mini concile»

Le synode est une assemblée d’évêques dont la tâche consiste à aider le pape dans le gouvernement de l’Eglise. Le synode est «une expression et un instrument particulièrement fécond de la collégialité des évêques», estimait Jean Paul II.

Sorte de «concile en miniature», le synode est constitué par des évêques nommés par leurs conférences épiscopales. Il est toujours convoqué par le pape.

Du local au général

Au service de la communion et de la collégialité des évêques avec le pape, le synode peut traiter de n’importe quel sujet. Le sujet peut être très local («La situation pastorale aux Pays-Bas» en 1980) ou plus général («La vie consacrée et sa mission dans l’Eglise et dans le monde» en 1994).

166 évêques diocésains

Les Pères synodaux, élus par leurs pairs, représentent l’Eglise universelle, en fonction de la taille de l’épiscopat de leur pays. Une conférence épiscopale nationale inférieure à 25 membres (c’est le cas de la Suisse) enverra un représentant: Mgr Jean-Marie Lovey, évêque de Sion, est désigné pour la session d’octobre 2015 (Mgr Markus Büchel, évêque de St-Gall, le fut en octobre 2014 pour la première session du synode sur la famille). Les conférences épiscopales avec moins de 50 membres envoient deux représentants, enfin les plus grandes conférences (France, Italie, Etats-Unis, Brésil etc.) trois ou quatre. Les Eglises catholiques orientales ont également leurs délégués: 22 patriarches et évêques figurent sur la liste des Pères du synode 2015.

Au total, 166 évêques seront à Rome, du 4 au 25 octobre 2015, selon la répartition suivante: 44 viennent d’Afrique, 45 d’Amérique, 25 d’Asie (dont un seul pour la Chine, pourtant le pays le plus peuplé au monde), 47 d’Europe et 5 d’Océanie.

Deux curés de paroisse

Le pape ajoute à cette liste d’élus des religieux (10 cette année) et les chefs de dicastère de la Curie (25 cardinaux et évêques). En outre, il peut désigner des personnalités dont il estime la présence utile (en 2015, deux curés de paroisses italiennes – surprise du pape François – figurent sur cette liste de 45 membres).

Au total, la session 2015 comptera donc 275 Pères Synodaux, le pape et ses assesseurs y compris.

Mais le synode s’ouvre à d’autres personnes, sans droit de vote. Il y a des experts du domaine traité, au nombre de 23. Et il y a aussi des auditeurs, qui sont des connaisseurs des questions abordées dans l’assemblée. Cette année, le synode accueille 17 couples désignés par le pape, ainsi que 17 spécialistes des questions familiales, surtout des femmes, soit 51 personnes. S’y ajoutent des représentants des autres Eglises, qualifiés de «délégués fraternels». La longue liste établie par le Vatican pour les trois semaines de session d’octobre 2015 comporte donc au final, avec les membres des secrétariats, plus de 400 noms.

Un thème choisi par le pape

La procédure d’organisation du synode est précise. Dans une phase préparatoire, le thème est choisi après consultation des différentes autorités et une décision finale relevant du pape en personne. Ce thème doit concerner toute l’Eglise, avoir un caractère d’actualité et être jugé faisable.

Un premier document de préparation, appelé Lineamenta (ou lignes directrices), explicite le thème. Ces grandes lignes sont envoyées aux évêques qui peuvent y réagir et envoyer des suggestions. Le Vatican élabore ensuite un document de travail, nommé Instrumentum laboris, qui servira de point de référence durant les débats.

Une fois rassemblés pour le synode, les Pères synodaux vont, dans un premier temps, échanger autour du thème choisi, en faisant émerger une première image de la situation.

Une exhortation apostolique?

Puis le rapporteur général du synode (en 2015 le cardinal hongrois Peter Erdö, président du Conseil des Conférences épiscopales européennes) rédige un rapport de conclusion des débats (Relatio post disceptationem). Débute alors la deuxième étape: les membres du synode se réunissent en groupes linguistiques. Ces carrefours, qui recueillent des suggestions, vont voter sur des propositions précises. Le rapporteur synthétisera ces propositions et les présentera en session plénière.

Un nouveau tour de consultation est ensuite prévu dans les carrefours. Enfin, une «Liste finale des propositions» intégrera les amendements. C’est ce texte qui sera soumis au vote des Pères synodaux.

flickr/catholicism/CC BY-NC-SA 2.0
« Nul ne sait ce qui émergera des débats et quelles conclusions le pape en tirera » (© flickr/catholicism/CC BY-NC-SA 2.0)

Une fois la réunion du synode achevée, un rapport final est rédigé. Tous les participants sont rentrés chez eux. Mais le travail se poursuit à Rome. Sur la base du rapport final, le pape va rédiger un texte. Cette exhortation apostolique post-synodale devient parfois un texte de référence majeur de la pensée de l’Eglise: ainsi l’exhortation Evangelii nuntiandi sur l’annonce de l’Evangile (1974).

Pour le synode sur la famille, nul ne sait ce qui émergera des débats et quelles conclusions le pape en tirera. C’est ce qui fait l’intérêt, aussi, du synode sur la famille aux ramifications multiples.

Les documents officiels

Premier document de préparation (Novembre 2014)
 Résultats des consultations suisses (Février 2014)
 Instrumentum laboris 1  (Juin 2014)
Relatio post disceptationem (document intermédiaire, octobre 2014)
Discours de clôture du synode (Octobre 2014)
Relatio synodi (document final, octobre 2014)
Lineamenta (Décembre 2014)
Rapport de l’Eglise catholique de Suisse sur les lineamenta (Avril 2015)
Instrumentum Laboris 2 (Juin 2015)