Par Maurice Page Le

Dans Le synode en direct

Une semaine après l’ouverture, à Rome, de la deuxième session du synode des évêques sur la famille, il est assez difficile de dégager une tendance claire entre les partisans de la miséricorde et les tenants d’une discipline immuable du mariage.

Les débats n’étant pas publics, c’est par morceaux qu’il faut tenter de reconstituer le puzzle. Pour le moment le pape François laisse faire, même s’il a recadré ses troupes lors de l’ouverture en rappelant que « le synode n’est pas un parlement où, pour rejoindre un consensus ou un accord commun, on a recours aux négociations, aux pactes ou aux compromis ». Cette assemblée « c’est l’Eglise qui marche, unie, pour lire la réalité avec les yeux de la foi et avec le cœur de Dieu ». A en croire certains des Pères synodaux, l’assemblée marcherait plutôt à tâtons sans trouver sa direction. « Pour l’instant, il y a eu plus de désordre que de méthode », se plaint Mgr Mark Coleridge, archevêque de Brisbane, en Australie.

Des tensions nécessaires et salutaires

De son côté, le cardinal Christoph Schönborn positive. “Ce n’est un secret pour personne, nous vivons des rencontres très riches où il y a des débats et des tensions nécessaires et même salutaires”. Après deux journées de séance plénières réunissant près de 400 participants, dont quelques dizaines de laïcs invités comme auditeurs, les Pères synodaux se sont réunis en groupes linguistiques pour discuter la première partie de l’Instrumentum laboris’ consacrée à la famille dans son contexte anthropologique, culturel et socio-économique.

« Chacun des Pères synodaux vient avec sa propre expérience familiale, ses joies, ses peines qui donnent aux débats un tour parfois émotionnel, analyse encore le cardinal Schönborn. La famille est tellement profondément enracinée dans la nature humaine et dans l’humanité que s’il y a un thème global, c’est bien celui de la famille”.

La difficulté principale réside là, comment faire coïncider une vision de la famille chrétienne avec des réalités très différentes selon les régions ou les continents. Les évêques africains sont ainsi montés au créneau pour dénoncer une vision trop occidentale. Selon les mots de Mgr Charles Chaput, « il s’agit que personne ne soit blessé mais que le message soit donné. Tel ou tel langage peut être trop offensif pour les Occidentaux alors qu’il est nécessaire pour l’Afrique“, a fait observer l’archevêque de Philadelphie. Face à ce constat, des voix s’élèvent en faveur de réponses et de prises de décisions régionales, laissant davantage de marge de manœuvre aux conférences épiscopales. C’est peut-être une piste.

L’hôpital de campagne

Pour peu que l’on tente de sortir d’une lecture simpliste du type “le pape ferme la porte aux divorcés-remariés“ ou à l’inverse “l’Eglise s’ouvre enfin aux homosexuels“ ou d’un combat entre progressistes et conservateurs, il faut constater que personne au sein du Synode ne songe vraiment à toucher à la doctrine catholique du mariage et de la famille. Lors de la messe d’ouverture, le pape François a été clair. L’Eglise est appelée à « vivre sa mission dans la fidélité à son Maître comme une voix qui crie dans le désert, pour défendre l’amour fidèle, et encourager les très nombreuses familles qui vivent leur mariage comme un espace où se manifeste l’amour divin; pour défendre la sacralité de la vie, de toute vie; pour défendre l’unité et l’indissolubilité du lien conjugal comme signe de la grâce de Dieu et de la capacité de l’homme d’aimer sérieusement. »

Mais il insiste avec la même force sur « le devoir de chercher et de soigner les couples blessés avec l’huile de l’accueil et de la miséricorde; d’être l’hôpital de campagne aux portes ouvertes afin d’accueillir quiconque frappe pour demander aide et soutien; de plus, de sortir de son propre enclos vers les autres avec un amour vrai, pour marcher avec l’humanité blessée, pour l’inclure et la conduire à la source de salut. »

Pour tenir ces deux attitudes, François invite au discernement et à la vigilance. Il faut « savoir discerner les situations: ce qui vient de Dieu et ce qui vient du Malin qui cherche toujours à tromper, à nous faire choisir une mauvaise voie. Le chrétien ne peut pas être tranquille, croire que tout va bien: il doit discerner les choses et bien regarder d’où elles viennent, quelle est leur racine », relevait-il lors de sa messe matinale, le 9 octobre. Discernement et vigilance, tel est le défi du synode.