Par i.media Le

Dans Le synode en direct

Discernement, accompagnement, intégration… sont les mots-clefs de l’Exhortation apostolique Amoris Laetitia du pape François “sur l’amour dans la famille“, un épais document publié le 8 avril 2016 en conclusion des deux synodes sur ce thème.

Sans jamais vouloir fixer de norme générale, le chef de l’Eglise catholique ouvre avec prudence la voie aux “familles blessées“. Il souhaite en particulier que les divorcés-remariés soient “intégrés“ à la vie de l’Eglise après un “examen de conscience“ personnel et pastoral. Dans une note de bas de page, il évoque leur participation à la vie sacramentelle de l’Eglise “dans certains cas“ après avoir soutenu qu’il peut exister “différentes interprétations“ de la doctrine et de ses conclusions.

Dans cet épais document de 260 pages, découpé en 325 paragraphes, le pape François tire habilement les conclusions des synodes sur la famille d’octobre 2014 et 2015 et de la consultation mondiale inédite qui y a été associée. Cette exhortation apostolique propose des exemples concrets, connectés à la réalité des familles, et encourage largement les époux chrétiens. Citant abondamment les rapports conclusifs des deux synodes et les écrits de ses prédécesseurs, il appelle principalement l’Eglise à “intégrer tout le monde“, à accompagner les couples en difficulté, à ne pas condamner “pour toujours“.

Avec une prudence toute jésuite, cependant, le pape reste sur la ligne globale du synode. Il rappelle “l’idéal complet du mariage“ sans en cacher la complexité et ne propose pas d’ouverture générale pour les divorcés-remariés, dont la situation a été largement évoquée et fortement débattue lors des assises romaines. Dès le début, le pape François semble ainsi ne pas vouloir trancher entre le “désir effréné de tout changer sans une réflexion suffisante ou sans fondement“ et “la prétention de tout résoudre en appliquant des normes générales ou bien en tirant des conclusions excessives à partir de certaines réflexions théologiques“. Ce débat, rappelle-t-il, a été très animé dans les médias, des livres ou encore même “entre les ministres de l’Eglise“.

Décentralisation et cas par cas

“On ne devait pas attendre du synode ou de cette exhortation une nouvelle législation générale du genre canonique, applicable à tous les cas“, prévient encore le pape avant de souhaiter “un nouvel encouragement au discernement responsable personnel et pastoral des cas particuliers“. Parce que “le degré de responsabilité n’est pas le même dans tous les cas“, écrit le pape, “les conséquences ou les effets d’une norme ne doivent pas nécessairement être toujours les mêmes“. C’est alors dans une note de bas de page que le pape François devient plus précis, assurant que cela s’applique aussi à “la discipline sacramentelle, étant donné que le discernement peut reconnaître que dans une situation particulière il n’y a pas de faute grave“.

Dès l’ouverture de l’exhortation, le pape François précise que “tous les débats doctrinaux, moraux ou pastoraux ne doivent pas être tranchés par des interventions magistérielles“. Il souhaite “une unité de doctrine“ qui, cependant, “n’empêche pas que subsistent différentes interprétations de certains aspects de la doctrine ou certaines conclusions qui en dérivent“. Encourageant la décentralisation, le pape avance que “dans chaque pays ou région, peuvent être cherchées des solutions plus inculturées, attentives aux traditions et aux défis locaux“.

Dès lors, c’est encore dans une note de bas de page que le pape se fait plus précis. Après avoir souhaité dans le document que “l’aide de l’Eglise“ soit offerte à des personnes en “situation objective de péché“, le pape François note que, “dans certains cas, il peut s’agir aussi de l’aide des sacrements“.

Homosexualité et éducation

Concernant l’attitude de l’Eglise vis-à-vis des homosexuels, le document pontifical est plus que prudent en réaffirmant simplement qu’ils doivent être accueillis “avec respect“ et sans “discrimination“, mettant surtout l’accent sur la difficulté, pour les familles, “d’avoir en leur sein des personnes manifestant une tendance homosexuelle“. Sans surprise, le pape assure – en citant le synode – qu’il ne peut y avoir “des analogies, même lointaines, entre les unions homosexuelles et le dessein de Dieu sur le mariage et la famille“.

Au-delà de ces thèmes controversés, Amoris Laetitia, est un document éminemment pastoral qui approfondit la vocation de la famille chrétienne, offrant une part belle à l’éducation des enfants. Dans deux chapitres sur “l’amour dans le mariage“, le pape François prend des allures de conseiller conjugal et prodigue des conseils sages et concrets aux époux chrétiens.

Un long passage encourage fortement l’éducation sexuelle des enfants, vue comme un “défi“, tout en souhaitant que celle-ci “préserve une saine pudeur“, mettant en garde aussi contre l’invitation “à ‘se protéger’, en cherchant du ‘sexe sûr’“ qui transmet “une attitude négative quant à la finalité procréatrice naturelle de la sexualité, comme si un éventuel enfant était un ennemi dont il faut se protéger“.

L’exhortation apostolique invite à approfondir la préparation au mariage et à accompagner les jeunes époux autant que ceux qui vivent un échec matrimonial. Les mariages civils et les cohabitations, par ailleurs, sont regardés avec plus de bienveillance, en particulier ceux qui ont atteint “une stabilité visible à travers un lien public“.

Au fil du document, le pape François cite les catéchèses sur la théologie du corps de Jean-Paul II ou encore, largement, saint Thomas d’Aquin, sainte Thérèse de Lisieuxet même Martin Luther King. De façon plus inattendue, le pape évoque le film Le Festin de Babette pour expliquer le concept de gratuité. A n’en point douter, l’Exhortation apostolique post-synodale Amoris Laetitia sera largement commentée dans les médias comme au sein de l’Eglise, et jaugée de manière différente selon les lecteurs. Mais dès le début, le pape François met en garde devant le risque d’une “lecture générale hâtive“ de ce document.